Je n’avais connu jusqu’alors que des forêts qui ne produisaient rien d’autre que la vie, et c’est tant. Des forêts sans usage, où les arbres s’entredévorent au fil du temps. Des forêts dans lesquelles on imagine se perdre. Se confondre. Il y avait là quelque chose de rassurant, de simple à penser, de profondément sensuel.
Puis j’ai travaillé sur les grands incendies des Landes de Gascogne. Sur l’après. Sur ce qui vient. Et la question est revenue, comme une rengaine : que nomme-t-on précisément une forêt ?
Toutes et tous faisons l’hypothèse d’une proposition, sans doute calquée sur notre vécu, la forêt de l’enfance le plus souvent. Cette enfance qui revient sans cesse nous hanter et infléchir notre pensée. Pour savoir ce qu’est une forêt, il faudrait encore interroger la terre, les autres animaux, la pluie. Ils et elles apporteraient probablement une réponse différente de celle que nous formulons. Il y a la question de l’héritage, culturel, familial, peut-être bien loin de la biologie et de l’écologie, et qu’il est pourtant compliqué de méconnaître.
Forêts de plantation. Forêt landaise. Forêt de production.
À perte de vue : des pins.
Et c’est là que le feu a pris. Car le feu part toujours d’un endroit. Cela paraît bête dit ainsi, et même si deux flammes semblent identiques, qu’elles vous brûlent de la même manière, le lieu d’où elles jaillissent a son caractère propre. Il est habité par un peuple de vivants qui s’y imbrique et détermine une part de la trajectoire du feu.
Alors, cette question a occupé mes pensées sans pourtant y répondre : que nomme-t-on une forêt ?

Commande opérée par le GIP Europe des projets architecturaux et urbains dans le cadre de la Plateforme d'Observation des Projets et Stratégies Urbaines. Travail mené conjointement avec Arthur Guérin-Turcq, doctorant géographe et enseignant à Sorbonne-Université.

I had known until then only forests that produced nothing but life, and that is enough. Forests with no use, where trees devour one another over time. Forests in which one imagines getting lost. Merging. There was something reassuring in that, something simple to think about, something deeply sensual. 
Then I worked on the great fires of the Landes de Gascogne. On the aftermath. On what comes next. And the question returned, like a refrain: what exactly do we call a forest ? 
Each and every one of us makes the assumption of a proposition, no doubt modelled on our own experience, most often the forest of childhood. That childhood which keeps coming back to haunt us and bend our thinking. To know what a forest is, one would still need to question the earth, the other animals, the rain. They would probably offer a different answer from the one we formulate. There is the question of heritage — cultural, familial, perhaps far removed from biology and ecology, and yet not easy to ignore. Plantation forests. The Landes forest. Production forest. 
As far as the eye can see: pines. 
And that is where the fire took hold. Because fire always starts somewhere. That sounds obvious put this way, and even if two flames seem identical, even if they burn you in the same manner, the place from which they spring has its own character. It is inhabited by a people of living things that interlock within it and determine part of the fire's trajectory. And so, this question occupied my thoughts without my ever managing to answer it: what do we call a forest ?
Commission carried out by GIP Europe des projets architecturaux et urbains as part of the Plateforme d'Observation des Projets et Stratégies Urbaines. Work conducted jointly with Arthur Guérin-Turcq, doctoral researcher in geography and lecturer at Sorbonne-Université.
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